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Le vendredi 28 novembre
2003
Rufus Wainwright: un vrai tour de charme
Alexandre Vigneault
La Presse
«Quel alignement
vous avez ce soir! C'est la journée nationale internationale des Wainwright-McGarrigle», a lancé Rufus Wainwright avec un
brin d'ironie, hier soir, au beau milieu du premier de deux concerts aux Spectrum -l'autre a lieu ce soir. Le clan McGarrigle-Wainwright
avait un programme chargé en effet. Quelques heures après le lancement du nouveau disque des soeurs Kate et Anna McGarrigle,
Martha Wainwright faisait la première partie du concert de son frère Rufus.
On s'attendait à ce qu'il y ait un peu
de va-et-vient sur la scène et c'est effectivement ce qui s'est produit. Martha a d'abord foulé la scène en solo, armée d'une
guitare acoustique, pour présenter quelques-unes de ses chansons douces, mais pas banales. Son tour de chant a culminé lorsqu'elle
a invité sa cousine Lily Lanken (la fille de sa tante Anna), qui possède elle aussi une fort jolie voix, à faire les choeurs
sur deux chansons. Puisque sa mère était dans les parages, Martha en a profité et a chanté Dis, quand reviendras-tu? de Barbara,
accompagnée par Kate au piano.
Puisque c'est le nom de Rufus qui était inscrit en grosses lettres à l'extérieur du
Spectrum, c'est bien sûr lui qui a passé le plus de temps sur scène, livrant des versions élaguées des chansons luxuriantes
de son dernier disque. Want (One) étant un album pour le moins ambitieux, opulent, voire extravagant, on présumait que le
passage à la scène constituait une étape critique.
Lors d'un concert intime au Lion d'or, à la fin du mois de septembre,
il avait prouvé qu'il était possible de rendre ses nouvelles chansons en formule piano-voix ou guitare-voix. Un juste milieu
entre les orchestrations grandioses du disque et cette simplicité était-elle possible?
Impossible de répondre simplement
par oui ou non. Rufus, qui ne semble pas effrayé par les défis, a joué la quasi-totalité de son nouveau disque. La majorité
en début de concert. Une fois de plus, on a remarqué son souffle exceptionnel, sa voix puissante et goûté son extraordinaire
lyrisme. On n'a pas mis longtemps à constater aussi que les chansons les plus dépouillées étaient les plus réussies.
Plusieurs
titres ambitieux auraient demandé une précision extrême que le chanteur et ses six accompagnateurs (dont sa soeur Martha aux
guitares et aux choeurs) n'atteignaient pas toujours. Même une chanson comme California a été livrée de manière trop relâchée.
La sonorisation n'aidait pas toujours, surtout en début de concert où la basse, trop forte, détonnait. Les morceaux les plus
simples, en revanche, étaient exquis. One Man Guy (une chanson de son père Loudon Wainwright), a été rendue avec brio par
Rufus, sa soeur Martha et la choriste Jenny Muldaur (la fille de Maria Muldaur). Un peu plus tôt, on s'était laissé bercé
par les magnifiques 11 :11, Pretty Thing et Vibrate. April Fool, gravé sur son premier disque, a fait souffler un vent de
bonheur sur la foule. Sa version de Go or Go Ahead, une chanson particulièrement difficile, figure aussi parmi les grands
moments de la soirée malgré ses imperfections.
L'essentiel du concert a toutefois été dominé par des mélodies d'une
beauté rare et illuminé par l'énorme charisme du chanteur. Rufus a du talent, de l'esprit, de l'humour, de la prétention et
ce qu'il faut d'autodérision pour la faire accepter. «J'ai passé tout mon argent sur l'orchestre symphonique, alors on n'a
pas eu les Grands Ballets canadiens», a-t-il blagué, après avoir interprété Oh What a World, une chanson particulièrement
pompeuse où il a intégré un extrait du Boléro de Ravel.
Rufus Wainwright remonte sur la scène du Spectrum ce soir.
Si vous craquez pour ses chansons fines, son romantisme et sa charmante démesure, n'hésitez pas.
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